Un poète latin enseignait son disciple :
« Ô Lucius, vois-tu, si tu prends des disciples,
veille à bien les choisir, n’est poète qui veut.
Laisse aller le mustang, prends celui qui va l’amble :
le mustang est trop vif, ambler ravit les sens.
Conserve l’amoureuse, écarte la coquette :
l’amoureuse est bénie, la coquette est futile.
Choisit l’enfant rêveur, garde-toi du lutteur :
le rêve nous élève et les coups nous salissent ».
Ce poète, inspiré, perdu dans ses pensées,
fait le pli de sa toge, il lisse ses bacchantes.
Il ferme un temps les yeux…
Il revoit ce Troyen
prenant pied près d’ici pour relier un jour
le peuple des Latins à sa mère Aphrodite.
Il songe à cette louve aimante
qui, peuplant un bordel, allaite Romulus
avant que celui-ci égorge son jumeau.
Il voit déjà tous ceux qui, nés de ce berceau,
ensanglantant le monde, emporteront son âme
si loin d’eux et de Rome.
Il quitte son disciple à l’aurore naissante,
dans le brouillard inquiet, pour humer sur le Tibre
épices du Levant et senteurs de l’Afrique.

13/03/2025
Ostie
Par Dominique Sarr le 13/03/2025, 08:51






