01/09/2016

Mythe et histoire

La mémoire ne reproduit pas le passé, elle le reconstruit, avec sa part de raison et sa part d’imaginaire.
Chacun à leur manière, mythes et histoire forgent une identité de notre passé. Ainsi le récit de l’origine des Yorubas existe-t-il sous deux formes différentes, dans leur mythologie (création du monde par les orishas) et dans leur histoire (naissance de l’ethnie). Ainsi la tradition sérère porte-t-elle à la fois une dimension historique et politique (fondation des royaumes sérères) et les peurs ancestrales de l’Afrique (forces de la terre, puissance de la parole, mystère du ventre de la femme...).
Le chercheur, qu’il soit historien ou ethnologue, se doit d’aborder ces récits avec la plus grande humilité et le plus grand respect. Dans cette rencontre, il doit à la fois s’imaginer comme l’autre qu’il étudie et se penser lui-même comme produit de mythes et d’une histoire. Oralité versus écriture, lecture du temps, critères de vérité, etc. : tout les oppose pourtant…
Loin de la position transcendantale d’une science positiviste, ce paradoxe postmoderne est une condition de l’intercompréhension des cultures.
Raison et imaginaire : Mythe et histoire, in Éthiopiques, revue de la Fondation Léopold Sédar Senghor, n° 96, septembre 2016. Accessible en librairie ou en ligne sur le site d'Éthiopiques .

27/12/2006

Structures de langue et de pensée

Cinq regards sur l’exemple du wolof
Que nous dit la structure d’une langue sur la manière de penser du peuple qui la parle ? À partir de l’exemple du wolof, Structure de langue et structure de pensée vise à apporter sinon une réponse, du moins quelques balises pour une réflexion sur cette question. Cinq regards tentent de l’éclairer :
1. La parole wolof révèle notamment un vocabulaire d’une richesse considérable lié à une grande concision et une expression très imagée. Sa couverture sémantique est très loin de décalquer celle d’une langue européenne : la classification des rapports de parenté est ainsi radicalement différente de celle d’un Européen.
2. Les catégories lexicales font apparaître de fortes singularités comme les coverbes, les spécificatifs, la présence de 8 classes nominales au lieu de 2 (ou 3) genres, les temps et modalités fléchissant généralement les indices personnels et non les racines verbales, etc. Il en ressort l’impression d’une structure grammaticale extrêmement rigoureuse.
3. Plus profondément, la distinction entre substantifs et verbes s’avère peu pertinente : des bases nominales se différencient en réalité de bases verbo-nominales, une grande partie du vocabulaire wolof pouvant être utilisée dans des rôles syntaxiques variés.
4. Une délimitation des catégories lexicales différente des langues européennes, plus proche de la structure profonde de la langue, est dès lors risquée : bases, marqueurs argumentaux, marqueurs prédicatifs, connecteurs, qualificateurs et interjections.
5. En synthèse, l’article s’efforce de situer cette structure par rapport aux langues voisines et tente de suivre quelques exemples sémantiques de son évolution : elle est bien intriquée avec une conception vitaliste du monde. Et de s’interroger : une langue serait-elle le fossile de mécanismes mentaux perdus en apparence ?
Inédit.

01/01/1988

Golden boys, journées noires

Le krach boursier du 19 octobre 1987 ressemble à tous les autres : tel Woody Woodpecker ne tombant dans le précipice que lorsqu’il se rend compte qu’il marche dans le vide, les boursiers marchent tranquillement dans le vide… tant qu’ils ne voient pas le gouffre sous leurs pieds. Mais c’est aussi le premier krach de l’ère numérique : ce sont les programmes qui deviennent fous et font se volatiliser la richesse. Et dans l’ère du numérique à l’information instantanée, les petits épargnants n’ont plus aucune chance face aux professionnels...

Golden boys, journées noires, in Esprit n° 134, janvier 1988 : Fin de la valeur travail - La Shoah, pp. 63-71

01/03/1987

Le consensus dans la discorde

Cet article, publié dans un numéro spécial consacré aux élections présidentielles à venir de 1988, relève le paradoxe d’un consensus grandissant entre droite et gauche françaises, accompagné d’une crispation croissante dans leur combat politique. Tout se passe comme si, plus les différences politiques devenaient difficiles à cerner, plus leurs hérauts cherchaient à se distinguer par l’affrontement.

Le consensus dans la discorde – la nouvelle société politique française, in Esprit n° 112, mars 1986 : Sous l’Élysée la France, pp. 15-25

10/06/1979

Le voyage pour Semeïon

Écrits à la suite de l’enseignement de Jules Gritti en sémiologie de l’image, ces 4 dialogues entre Logosthène et Pneumidas introduisent aux questions posées, pour le premier par la signification des actes ou des gestes, pour le second par la notion de langage, pour le troisième par la sémiologie de l’art, et pour le quatrième par celle de l’art cinématographique.
Inédit.

15/09/1974

Pouvoir, politique, cinéma

Essai sur le cinéma soviétique de 1917 à 1939.

Qu’est-ce qui est à l’origine de la décade merveilleuse du cinéma soviétique entre 1917 et 1927 ? Qu’est-ce qui a progressivement étouffé cette créativité et l’a engluée dans l’académisme ?
Sergueï Eisenstein, Lev Koulechov, Dziga Vertov, la FEKs… : autant de créateurs qui ont produit des œuvres époustouflantes d’invention et de beauté, marqué l’histoire du cinéma mondial, contribué à sa théorie et qui continuent, un siècle plus tard, d’inspirer nombre de cinéastes.
Article publié à l’occasion de la Quinzaine du cinéma soviétique, organisée conjointement par le Théâtre de la Satire (Bruno Carlucci – Vénissieux) et le cinéma associatif Le Cinématographe (Alain Liatard – Lyon) en septembre 1974.

Pratique théâtrale et culturelle, no 5-6, Lyon-Vénissieux (septembre 1974)